Comment se présente 2001 pour toi ?
2001, ça se présente plutôt bien parce que ça rime avec "bien". Je viens de terminer mon album. Tout ce qui n'allait pas, je l'ai laissé dans l'ancien millénaire, dans l'ancien siècle, dans l'ancienne
année. Là, je repars positif.
2001, c'est une bonne année pour tout le monde !
Ce nouvel album, comment l'as-tu abordé ?
En fait, comme si c'était mon premier album. Avec des équipes toutes neuves, des rimes toutes neuves et un concept tout neuf.
Je vais dire un changement dans la continuité. Avec du speed et quelques surprises.
Quelles sont les différences entre Solaar aujourd'hui et le Solaar des débuts ?
Je n'ai pas trop changé, heureusement. À savoir, dès le début, j'ai fait des choses assez vastes, variées. De "Caroline" à "Qui Sème Le Vent..." en passant par "Armand Est Mort" : c'est-à-dire trois aspects de ce que j'avais envie de montrer.
Aujourd'hui, il y a toujours trois aspects : un esprit festif, hip hop, un aspect observateur du monde et puis, un regard sur les choses du quotidien. Et puis, ce n'est pas bien de changer en cours de route. Il faut garder ses concepts, puis les creuser, les approfondir. Et je n'ai pas trop vieilli, non (sourire) ?
Sur cet album, tu sembles plus détaché mais, en même temps, plus mordant. D'où vient ce paradoxe?
J'aime bien l'aspect du paradoxe. Je divise le rap, enfin, mon rap, parce qu'il y en a plusieurs, en différentes catégories.
D'abord le côté personnel, l'état d'esprit que tu arrives à injecter dans ta musique. Et l'actualité et l'engagement, que je prends toujours avec du recul. Je regarde toujours avec du recul et de l'autodérision : "Dans les bas fonds, on rêve des fonds du FMI mais, au fond, on sait que les familles sont proches du RMI." Voilà... Je crois que je suis effectivement un peu plus rentre-dedans. On cerne plus facilement le thème qu'avant. Avant, j'avançais en oblique, pour faire apparaître quelque chose au fil du texte et là, à cause de la "bruptitude" de certaines musiques, j'ai mis carrément un pavé dans la soupe...
Qu'est-ce qui te motive encore à enregistrer après dix années ?
En 2001, ce qui me pousse à aller en studio, c'est vraiment l'amour de la musique, c'est-à-dire prendre le rap non pas comme un phénomène de société mais comme une musique. Et il faut qu'elle soit belle, cette musique !
Il a fallu presque quinze ans pour que la France prenne conscience que le rap est de la musique. Mais ça y est. Et ça, ça m'a mis la
pêche. Et puis, rencontrer de nouvelles personnes grâce à un album, des producteurs, des musiciens... Ça redynamise. J'aime trop
la musique. Avant, j'étais toujours un gars posé et là, carrément, je prenais le téléphone, j'organisais des rendez-vous.
Comment définirais-tu le style Solaar ?
Franchement, ce n'est pas du rap de fermeture. C'est du rap d'ouverture. Je ne veux pas d'un rap qui exclut les femmes, les filles. Je ne vois pas l'intérêt. Tu sais, quand j'écris, c'est au moins pour me faire entendre. Je n'ai pas envie de dire : "on est 10, 20, 100 ou 10 000 mais ça nous appartient, c'est à nous". J'ai envie de le partager avec n'importe qui.
Quelqu'un qui a 24 ans aujourd'hui a le droit de connaître le rap. L'autre, qui est étudiant en droit, il a le droit d'écouter du rap. Moi, je fais du rap pour le 94, le 91, le 16... Pour tout le monde. Mon mode d'écriture est sans exclusion. Underground et populaire comme le métro ; c'est une image que j'aime beaucoup. Je suis un homme d'ouverture et ça, depuis le premier jour.
Et je continuerai le plus longtemps possible.
Tu as besoin que certaines personnes te donnent leur avis sur les nouveaux morceaux ?
Morceau par morceau, titre par titre, je fais tout écouter à mon "panel". Aux gars qui sont proches de moi.
Ça va du mec banlieusard du 93 qui me donne son avis, à un étudiant de fac à Nanterre, à un gars de cinquante ans. Ça ne me fait pas changer forcément mais je vois comment ils les ressentent et c'est important pour moi.
Comment as-tu eu l'idée de ton single, "Solaar Pleure", où tu pars au paradis ?
On était au studio. Mes deux acolytes de Blackrose Corporation sont partis un moment acheter à manger. Et ils ont laissé tourner un beat avec une guitare rock. Je me suis allongé par terre et j'ai commencé : "Fuck la terre, si je meurs" que se passe il ? Et, automatiquement, il fallait que ce soit une sorte de testament. Un testament positif même si je suis parti.
J'ai fait au moins 78 lignes mais je voulais que, dans chacune des phrases, il y ait un vrai message qui passe. Pour que ce soit moins triste dans le concept, j'ai voulu terminer en "heroïc fantasy". Ce single, c'était histoire de dire que même si vous êtes sur la Terre et que moi, je n'y suis plus, il faut continuer le combat de ce millénaire. Gros concept, hein (rires)?
Comment parviens-tu à allier avec autant de facilité succès et proximité, simplicité ?
J'ai eu de la chance en entrant dans la musique. Ça a marché assez rapidement quand j'ai fait un disque. Et, en allant à la rencontre des gens, en allant en concert, je ne me suis jamais senti extérieur. J'étais avec mes potes, Ménélik, Bambi Cruz... Je n'étais pas juste derrière un clip. J'ai toujours eu un contact normal avec les gens. Mon succès
n'était pas prémédité.
Rien n'était prémédité. Moi, je ne savais pas que j'étais chanteur quand je parlais aux gens (sourire). Les gens sont normaux, il faut donc rester normal.
On a du mal à t'imaginer énervé. Ça t'arrive, parfois ?
Je peux m'énerver. Avec un copain, lors d'une discussion, un truc comme ça. Mais s'énerver sur un disque, je trouve ça malhonnête.
On est dans un studio, c'est bon esprit. Donc, je préfère m'énerver contre une situation qui va mal plutôt que de faire l'homme
énervé sur un disque, avec un micro, dans un endroit où, pour beaucoup de gens, c'est le bonheur. Et je sais aussi que l'intelligence
n'est pas dans la force physique. Ceux qui croient ça, font une erreur grossière. Être physiquement plus fort et en profiter pour frapper quelqu'un de plus faible, c'est totalement répréhensible. Si j'étais costaud, je ne pousserais certainement pas les costauds à frapper les faibles !
Que crois-tu que ta musique apporte aux gens ?
La petite fille de dix ans, elle va être contente parce qu'elle va apprendre quelque chose. L'homme qui fait de la géopolitique,
il va trouver autre chose. Le boucher va trouver encore autre chose. Le mec du hip hop va trouver autre chose. En fait, quand
on écoute une musique, c'est le seul moment où on est en liberté, non conditionné. Les gens qui écoutent ma musique attendent
mon album avec impatience, je pense. Ils ont plutôt tendance à me soutenir. Mais ce n'est pas un album de Solaar qui compte. C'est la musique. Et le c½ur qu'on a mis dedans. L'humanité. Et puis la pertinence. Je crois que c'est ça que les auditeurs attendent. Plutôt qu'un nom sur un disque... Ils attendent de la musique, les gens, pas des concepts. Ils attendent le contenu plus que le contenant.
Quel est ton plus beau souvenir en tant qu'artiste ?
Mon plus beau souvenir, c'est d'apercevoir un jour, une jeune fille de douze ans lors d'un de mes concerts. Elle avait une lumière sur elle. Et je la voyais. Elle connaissait tout de A jusqu'à Z. Elle était venue avec ses parents. J'ai trouvé ça génial ! Quant au pire des souvenirs, il n'existe pas. Il n'y a pas de pire souvenir.